Accompagner les émotions de l’enfant

Accompagner les émotions de l’enfant

Accompagner les émotions de l’enfant est essentiel pour lui permettre de libérer ses tensions et assurer sa sécurité intérieure. Vous l’avez sûrement constaté, les enfants ont souvent du mal à réguler leurs émotions. Elles peuvent en effet les déborder et prendre des formes exagérées (à nos yeux d’adultes en tout cas). Etant désormais 24 heures sur 24 avec eux, dans un espace restreint, vous allez probablement y être davantage confrontés… En outre, l’effet « bonne nouvelle » de la fermeture des écoles, ressenti par bon nombre d’enfants, s’estompe au fur et à mesure des jours qui passent. Le fait de rester à la maison va en effet très probablement finir par peser à vos enfants… et exacerber leurs émotions.

Afin d’y faire face, voici quelques explications et moyens d’actions pour gérer les émotions des enfants.

 

Accompagner les émotions de l’enfant c’est d’abord les comprendre

 

Accompagner les émotions de l’enfant nécessite de connaître le fonctionnement du système émotionnel. Cela vous permettra de mieux comprendre les réactions de vos enfants et d’agir de façon adaptée.

→ La gestion des émotions repose sur le développement des « trois cerveaux » composant le système cérébral.

  • Le cerveau reptilien (également nommé « cerveau archaïque ») : c’est la partie la plus ancienne du cerveau humain, il est apparu il y a 500 millions d’années chez les poissons puis chez les amphibiens et les reptiles. Il gère des fonctions primaires comme la respiration, le rythme cardiaque, la pression artérielle, le sommeil, etc. Il occupe également une deuxième fonction : déclencher des comportements instinctifs face au danger, liés à notre survie tels que les réflexes d’attaque ou de fuite.
  • Le système limbique (appelé aussi « cerveau émotionnel ») : il est apparu chez les premiers mammifères il y a 150 millions d’années. C’est le siège du traitement olfactif, de la mémoire, et des émotions.
  • Le néocortex (dit « cerveau supérieur ») : il est apparu il y a 2 ou 3 millions d’années chez les primates. Il représente 85 % du volume cérébral total et il enveloppe le cerveau reptilien et le système limbique. Il est responsable des fonctions cognitives plus complexes telles que le raisonnement et le langage.

Au sein du néocortex, le cortex pré-frontal (et plus précisément le cortex orbito-frontal) joue un rôle important par rapport aux capacités d’affection, d’empathie, de régulation des émotions, de développement du sens moral et de l’aptitude à prendre des décisions. C’est lui qui nous permet de dépasser nos émotions fortes pour analyser clairement et calmement ce qui nous arrive et nous permettre de savoir ce qu’il convient de faire (refreiner nos réactions impulsives par exemple). Le cortex pré-frontal est également en liaison avec les aires du langage or il s’avère que nommer les émotions vécues permet de les réguler : la neuro-imagerie a par exemple permis de mettre en avant que dans une situation anxiogène le fait de verbaliser son ressenti permet de calmer la zone suractivée par la peur (zone située dans le système limbique).

→ Maintenant que vous savez que les compétences cognitivo-émotionnelles reposent sur plusieurs structures cérébrales, venons-en au cœur du sujet : vers quel âge tout cela se met-il en place ?

Le cortex pré-frontal et le cortex orbito-frontal, qui contrôlent les impulsions et les émotions, commencent à être opérationnels entre 5 et 7 ans.

Cela signifie qu’avant 5 ans, le cerveau archaïque et le cerveau émotionnel  dominent. Le jeune enfant reçoit les émotions de plein fouet, sans filtre, sans possibilité de s’apaiser seul. On parle de « tempêtes émotionnelles » car ses émotions le débordent. Accompagner les émotions de l’enfant avant 5 ans, c’est donc l’aider à traverser au mieux ses  « tempêtes émotionnelles ».

Vers 5-6 ans, l’enfant commence à contrôler un peu mieux ses émotions négatives, à comprendre leurs causes et à savoir les surmonter. Cependant le cortex préfrontal et le cortex orbito-frontal maturent très lentement jusqu’au début de l’âge adulte… Donc, même après 6 ans, l’enfant a besoin de l’adulte pour l’accompagner face à ses émotions. Accompagner les émotions de l’enfant après l’âge de 6 ans,  c’est être pour lui un genre de régulateur externe.

→ Quand les adultes sont bienveillants, aident l’enfant à exprimer ses émotions, et l’apaisent, des molécules du bien-être (ocytocine, dopamine, endorphine, sérotonine) sont sécrétées. Cela contribue à renforcer les connexions cérébrales et à faire maturer le néocortex. De plus l’enfant va progressivement intégrer le modèle de régulation des émotions par la prise de recul, la réflexion et la mise en mots.

A l’inverse, quand les adultes ne rassurent pas l’enfant (le grondent ou lui disent de se calmer seul) :  il sécrète des molécules de stress  (cortisol, adrénaline…) qui sont toxiques pour son cerveau en développement.

Pour mieux comprendre et vous représenter cette organisation du système cérébral, notre psychologue spécialiste de l’enfant et de l’adolescent vous conseille cette vidéo de 2 minutes, très claire, du Dr Catherine Guéguen.

 

 

Accompagner les émotions de l’enfant, c’est être le régulateur externe des émotions de l’enfant

 

Pour être le régulateur externe des émotions de l’enfant, il faut dans un premier temps accueillir ses émotions. Accueillir les émotions de l’enfant, c’est les accepter calmement et les valider. Même les émotions négatives. Quoique l’on fasse ou dise l’émotion est présente, c’est un ressenti que l’on ne peut pas annuler. On peut seulement apprendre à le gérer. Il faut en effet distinguer l’émotion et le comportement. En cas de forte colère avec coups et bris de matériel par exemple, on peut dire à l’enfant « Je vois que tu es en colère, je comprends, c’est contrariant que… », tout en ajoutant « Tu as le droit d’être fâché mais tu ne peux pas taper les autres ni casser le matériel ». On autorise ainsi l’émotion mais pas le comportement inadapté à la vie en groupe. Il est important de distinguer aussi l’enfant de son comportement… les paroles telles que « tu es vilain / méchant / etc » sont donc à bannir.

Découvrez une jolie infographie signée Bougribouillons  expliquant l’intérêt d’accueillir et nommer les émotions de l’enfant.

 

Accompagner les émotions de l’enfant par des moyens simples d’action

 

Être le régulateur externe des émotions de l’enfant, cela nécessite de lui présenter des moyens d’action et de l’accompagner dans leur mise en œuvre.En premier lieu, l’adulte doit nommer les émotions de l’enfant et lui apprendre à le faire par lui-même. En effet, le simple fait de nommer l’émotion ressentie contribue à en apaiser les manifestations. Chez les tout-petits ne maîtrisant pas encore le langage oral, on peut associer un signe (issu de la Langue des Signes Française) au mot oral. Cela permet d’en faciliter la compréhension et l’expression. Avec les jeunes enfants on peut utiliser des supports imagés pour les aider à se représenter et exprimer leurs émotions. On peut ainsi avoir recours à une météo, une échelle ou encore une roue des émotions. Vous trouverez des exemples ici . Il faut aussi apprendre aux enfants à identifier les manifestations des émotions dans leur corps (cœur qui bat vite, mal au ventre, transpiration, muscles contractés ou à l’inverse détendus, etc.).

Il convient ensuite de leur apporter des techniques concrètes pour retrouver un état d’apaisement. Pour ce faire, prenez vous-même un temps pour réfléchir à la façon dont vous gérez vos émotions et gardez ces astuces en tête. Puis organisez une activité sur les émotions avec votre enfant. Le livre « La couleur des émotions »   (que certains petits polyglottes de Glotte-Trotters connaissent bien car nous avons utilisé cet album comme support pour des aventures linguistiques lors d’un stage vacances en anglais et espagnol) , et les pistes d’ activités suggérées ici  que vous pouvez réaliser à partir de cette histoire, peuvent constituer un bon support. Ils en existent d’autres bien entendu, choisissez le livre ou le jeu qui vous inspire le plus et qui vous semble le plus adapté pour votre enfant. A l’issu de ce temps d’échanges avec support, essayez de créer avec votre enfant un répertoire de techniques à utiliser face aux différentes émotions. N’hésitez pas à lui suggérer vos idées (issues de votre temps de réflexion préalable). Laissez une trace du fruit de cette réflexion (sous forme d’affiche, de carnet, de boites à émotions…), qu’il pourra consulter à sa guise.

 

Accompagner les émotions de l’enfant, quelques exemples émotion par émotion ….

 

Pour vous guider un peu dans vos réflexions voici quelques exemples de moyens d’action face à certaines émotions :

  • Colère : s’isoler dans un endroit apaisant, frapper dans un coussin, dessiner la colère puis chiffonner la feuille et la jeter le plus loin possible en soufflant, fermer les yeux et faire des exercices de respiration, écouter une musique qu’on aime…
  • Tristesse : chercher du réconfort auprès d’une personne qu’on aime, d’un animal de compagnie, ou d’un doudou, lui faire un câlin, pleurer pour libérer les tensions, faire des exercices de respiration pour retrouver son calme, lire, écouter de la musique, faire une activité qu’on apprécie pour se changer les idées…
  • Peur : faire des exercices de respiration pour réguler les réactions de son corps, essayer de réfléchir à la situation de façon rationnelle pour dédramatiser et reprendre possession de ses moyens, agir (mettre l’araignée dehors par exemple, allumer la lumière et inspecter sous le lit ou dans les placards pour s’assurer qu’il n’y a pas de monstre, etc.)…
  • Stress : gribouiller vivement et/ou chiffonner une feuille pour relâcher la pression, représenter le stress par dessin pour l’extérioriser et mieux le maitriser (on peut l’enfermer dans une boite par exemple), colorier un mandala, serrer ou frotter un petit objet dans sa main, malaxer une balle anti-stress, se faire des auto-massages, faire des exercices de respiration, chanter…
  • On pense moins aux émotions positives mais la joie peut être débordante aussi, elle peut basculer dans l’excitation et déranger les autres, il est parfois bon de la canaliser un peu. On peut alors s’isoler pour sauter de joie, serrer un coussin très fort dans ses bras, le jeter en l’air, mettre la musique (avec un casque si les autres ont besoin de calme à côté) et danser, dessiner le bonheur et l’énergie qu’on ressent…

 

Accompagner les émotions de l’enfant avec un code gestuel

 

Afin d’inciter votre enfant à avoir recours à ces différentes stratégies vous pouvez utiliser avec lui un code gestuel appelé « un cerveau dans la main ». (Vous trouverez une explication très claire de ce principe dans cette petite vidéo des éditions Les Arènes ). Il s’agit de montrer à l’enfant que là, la partie de son cerveau qui est capable de réflexion et de maitrise n’est plus connectée à la partie qui ressent les émotions, et qu’il faut donc qu’il rétablisse cette connexion pour agir de façon adaptée. Après lui avoir fait ce signe (ou que lui vous ait fait ce signe !) accompagnez-le pour mettre en œuvre les différentes stratégies que vous aviez définies ensemble. Rassurez-le en lui disant que vous êtes là pour lui, que pour l’instant il a encore besoin d’aide pour faire face à ses émotions, mais que vous avez confiance en lui, petit à petit il arrivera à le faire seul.

 

Enfin, être le régulateur externe des émotions de l’enfant, cela demande d’agir en modèle

 

Face aux comportements de l’enfant, il faut prendre du recul sur la situation et maîtriser notre agacement pour agir de façon adaptée. Lui demander de se calmer en étant soi-même en train de crier n’a aucun sens par exemple. Si on se sent débordé par notre émotion il vaut mieux s’isoler et revenir auprès de l’enfant une fois apaisé, et en reparler avec lui. Et cela ne vaut pas seulement auprès des enfants, nous devrions en faire autant auprès des adultes que l’on côtoie !

En effet, l’enfant perçoit, intègre et reproduit la façon dont l’adulte gère ses propres émotions et interagit avec les autres. L’adulte doit donc se comporter tel qu’il souhaite que l’enfant agisse… C’est-à-dire verbaliser ses propres émotions, et utiliser des stratégies pour en réguler les manifestations et agir de façon réfléchie et juste.

 

Nous espérons qu’avec ces explications et conseils, la poursuite du confinement se déroulera dans une ambiance agréable chez vous !

Pour lire notre article précédent, cliquez ici.

 

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